Presidenza della Repubblica

menu di navigazione

percorso:  Presidenti /  Giorgio Napolitano /  discorso primo mandato

DISCORSO - PRIMO MANDATO

in lingua francese

Message du President de la Republique devant le Chambres reunies le jour de sa prise de fonction


Camera dei Deputati (Aula di Montecitorio), 15/05/2006

 

MESSAGE

DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

GIORGIO NAPOLITANO

DEVANT LES CHAMBRES REUNIES

LE JOUR DE SA PRISE DE FONCTION

Chambre des Députés – le 15 mai 2006

Monsieur le Président,

Messieurs les députés,

Messieurs les sénateurs,

Messieurs les représentants des Régions d'Italie,

C’est avec une profonde émotion que je m’adresse à vous dans cette salle où j’ai consacré une si grande partie de mon engagement public, en apprenant directement le sens et la valeur des institutions représentatives, fondement suprême de la démocratie républicaine. Ce sont les assemblées électives, et tout d’abord le Parlement, qui sont les lieux de la confrontation sur les problèmes du pays, de la dialectique des idées et des propositions et de la recherche des solutions les plus valables et copartagées. La nouvelle législature s’est ouverte sous le signe d’un intense labeur, au terme d’une âpre compétition électorale d’où les formations politiques opposées ont émergé toutes deux largement représentatives du corps électoral. La prise des responsabilités de gouvernement de la part de la coalition qui a prévalu, ne serait-ce que de peu, représente l’expression naturelle du principe majoritaire que l’Italie a adopté depuis presque quinze ans comme régulateur d’une démocratie de l’alternance réellement opérationnelle.

Mais, dans de telles conditions, plus claire apparaît l’exigence d’une sérieuse réflexion sur la manière d’entendre et de cultiver les rapports entre majorité et opposition dans un système politique bipolaire. Il ne s’agit pas de revenir en arrière par rapport à l’évolution que la démocratie italienne a connue grâce à l’impulsion et à la contribution de forces de différente orientation. Mais le fait que se soit instauré un climat de pure opposition et d’incompatibilité, au détriment de la recherche de possibles terrains d’engagement commun, doit être considéré comme le signe d’une maturation encore insuffisante dans notre pays du modèle de rapports publics et institutionnels déjà consolidés dans les autres démocraties occidentales.

Or, le temps de la maturité de la démocratie de l’alternance est venu également en Italie. La reconnaissance réciproque, le respect et l’écoute entre les formations opposées, la confrontation avec dignité au Parlement et dans les autres assemblées électives, l'identification des thèmes de convergence limpide, nécessaire et possible dans l’intérêt général, peuvent non pas mettre en danger, mais au contraire renforcer de manière décisive le nouveau cours de la vie politique et institutionnelle entrepris avec la réforme de 1993 et les élections de 1994.

Cela ne pourra advenir qu’à l’aide des forces politiques organisées et de leurs représentants dans les institutions représentatives, soutenues par la conscience et le dynamisme de la société civile. A qui vous parle, appelé à représenter l’unité nationale, il incombe simplement de transmettre aujourd’hui un message de confiance répondant au besoin de sérénité et d’équilibre qui est devenu si aigu et diffus parmi les italiens. Je suis convaincu que la politique peut récupérer sa place fondamentale et irremplaçable dans la vie du pays et la conscience des citoyens. Elle peut y réussir d’autant plus elle répugnera aux exaspérations et aux mesquineries qui affaiblissent fatalement sa force d’attraction et de persuasion et d’autant plus elle exprimera moralité et culture, en s’enrichissant de nouvelles motivations idéales. Et parmi elles, celle de construire des bases communes de mémoire et d’identité partagée comme facteur vital de continuité dans la succession physiologique de différentes alliances politiques dans le gouvernement du pays.

Mais l’on ne peut donner une mémoire et une identité partagée si l’on ne re-parcourt pas et ne recompose pas avec un esprit de vérité l’histoire de notre République, née il y a soixante ans comme sommet de l’expérience tourmentée de l’Etat unitaire et, encore avant, du processus du Risorgimento.

On peut désormais - je crois – se retrouver en surmontant d’anciennes divisions déchirantes, en reconnaissant l’apport significatif et décisif de la Résistance, tout en n’ignorant pas les zones d’ombre, les excès et les aberrations. On peut se retrouver – sans rouvrir les blessures du passé – dans le respect de toutes les victimes et l’hommage non rituel à la libération du nazi-fascisme comme reconquête de l’indépendance et de la dignité de la patrie italienne.

Une mémoire partagée, comme base d’une commune identité nationale qui ait son fondement dans les valeurs de la Constitution. Le rappel à ces valeurs tire sa force de leur vitalité qui résiste, intacte, à toute controverse. Je parle – et il est juste de le faire également en célébrant le soixantième anniversaire de l’élection de l'Assemblée Constituante – de ces "principes fondamentaux" qui sculptèrent le visage de la République dans les premiers articles de la Charte Constitutionnelle. Principes, valeurs et orientations qui, écrits hier, sont ouverts aujourd’hui à accueillir toute nouvelle réalité et instance.

Ainsi, la valeur du travail, comme base de la République démocratique, appelle plus que jamais à reconnaître concrètement le droit au travail, encore loin d’être réalisé pour tous, et à le protéger "sous toutes ses formes et applications", et donc également sous les formes actuellement exposées à la précarité et au manque de garanties.

Les droits inviolables de l’homme et le principe d’égalité, "sans distinctions de sexe, de race, de langue et de religion", s’intègrent et se complètent dans la Charte européenne, ouverte aux nouveaux droits civils et sociaux. Ceux-ci ne peuvent ne pas être reconnus aux hommes et aux femmes qui viennent, en immigrés, faire partie de notre communauté nationale en contribuant à sa prospérité.

La valeur fondamentale de la personne humaine vient se mesurer aux nouvelles frontières de la bioéthique.

L'unité et indivisibilité de la République s’est au fur et à mesure entrecroisée avec la plus large reconnaissance de l’autonomie et du rôle des pouvoirs régionaux et locaux.

Clairvoyante comme facteur de richesse et d’ouverture de notre communauté nationale se révèle être la protection des minorités linguistiques.

Essentiel apparaît encore le dessein laïc des rapports entre l’Etat et l’Eglise conçus, chacun dans son propre domaine, comme indépendants et souverains. La liberté et le pluralisme des confessions religieuses ont été au fur et à mesure sanctionnés, et devront encore l’être, à travers des ententes organisées par l’Etat.

Une prégnance et une urgence sans précédents présentent ensuite tant le développement de la culture et de la recherche scientifique et technique que la sauvegarde du paysage et du patrimoine historique et artistique de la nation.

Enfin, les valeurs inséparables du rejet de la guerre et de la co-responsabilité internationale pour assurer la paix et la justice dans le monde se confrontent avec de nouvelles épreuves dures et complexes.

Or – Monsieur le Président, Messieurs les parlementaires, Messieurs les délégués régionaux – qui peut mettre en doute l’extraordinaire sagesse et correspondance au bien commun des principes et valeurs constitutionnels que j’ai ponctuellement voulu re-parcourir ? En ce sens, il est juste de parler d’unité constitutionnelle comme substrat de l’unité nationale.

Un ancrage résolu aux traits essentiels de la Constitution de 1948 ne saurait être pris pour pur et simple conservatisme. Les constituants se prononcèrent en toutes lettres pour une Constitution "destinée à durer", pour une Constitution rigide mais non immuable, et ils définirent les procédures et les garanties de sa révision. Dans les projets visant à revoir la deuxième partie de la Constitution qui se sont au fur et à mesure succédés, ses principes fondamentaux n’ont jamais été mis en question. Mais déjà lors de l'Assemblée Constituante – en choisissant le modèle de la République parlementaire – on vit s’exprimer la préoccupation de "protéger les exigences de stabilité de l’action de gouvernement et d’éviter les dégénérations du parlementarisme". Cette question resta ouverte et d’autres se sont manifestées en des années plus récentes, y compris celle du rôle de l'opposition et du système des garanties par rapport aux changements intervenus dans la législation électorale. La loi de révision constitutionnelle approuvée par le Parlement il y a quelques mois est maintenant confiée au jugement définitif du peuple; il faudra en tout cas vérifier, ensuite, la possibilité de nouvelles propositions de réforme qui soient en mesure de recueillir le large consensus nécessaire au Parlement.

J’exprime mon hommage le plus vif et convaincu à mon prédécesseur, Carlo Azeglio Ciampi, pour l’exercice exemplaire de son mandat et, plus spécialement, son impulsion pour affirmer plus fortement l'identité nationale italienne et un sentiment patriotique rénové. Et, en même temps, aucun repli dans des frontières et horizons anachroniques. Comme il fut déjà dit à l'Assemblée Constituante en devançant les temps, l’Europe est pour nous italiens une seconde patrie. Elle l’est devenue de plus en plus durant les quasi cinquante ans qui nous séparent des Traités de Rome qui portent, pour l’Italie, la signature d’Antonio Segni et de Gaetano Martino: et ce chemin de l’intégration et de la construction européenne commença bien avant, inspiré par les prophétiques intuitions de Benedetto Croce et de Luigi Einaudi et guidé par la rencontre entre les très différents apports de personnalités telles que Alcide De Gasperi et Altiero Spinelli, l’homme d’Etat clairvoyant et le paladin du mouvement fédéraliste, tous deux ni mesquinement réalistes ni abstraitement utopistes.

La crise qui a investi l’Union européenne depuis un an ne saurait en aucune façon obscurcir le chemin accompli et liquider le grand projet de la construction communautaire comme le réflexe d’une phase historique, celle de notre continent divisé en deux blocs opposés, qui s’est conclue en 1989. En effet, non seulement la plus grande entreprise de paix du siècle dernier dans le cœur de l’Europe a été menée à terme, non seulement une extraordinaire avancée économique et sociale, civile et culturelle a été réalisée dans les pays qui se sont au fur et à mesure associés à ce projet, mais les racines d’un irréversible mouvement de rapprochement et d’intégration entre les peuples, les réalités productives, les systèmes monétaires, les cultures, les sociétés, les citoyens et les jeunes des nations européennes ont été également plantées.

Même les graves difficultés qu’a rencontrées la ratification du Traité constitutionnel ne pourront arrêter ce processus: l’Italie - après que son gouvernement et son parlement aient parmi les premiers veillé à ratifier ce Traité - est fortement intéressée et engagée à créer les conditions de l’entrée en vigueur d’un texte ayant une authentique importance constitutionnelle.

Les phénomènes de désenchantement et d’incertitude qu’ont suscité dans les opinions publiques un sérieux ralentissement de la croissance de l’économie et du bien-être et un évident essoufflement à faire face aux défis de la compétition globale et du changement de poids et d’équilibres dans la réalité mondiale ainsi qu’aux épreuves mêmes de l’élargissement de l’Union, nous incitent à réfléchir mais ne sauront nous arrêter. Certes, face à ces défis il n’y a d’autre solution que la relance de la construction européenne.

L'Italie, uniquement en tant que partie active de la construction d’un sujet européen plus fort et plus dynamique, et l'Europe, uniquement à travers l’union de ses forces et le renforcement de sa capacité d’action, pourront jouer un rôle autonome effectif et particulier dans l'affirmation d’un nouvel ordre international de paix et de justice. Un ordre de paix au sein duquel la démocratie et la cause des droits de l’homme puissent se propager et, ensemble, assurer un gouvernement du développement contribuant à éliminer tensions et risques de guerre et mettre un frein à l’aggravation intolérable et alarmante des inégalités au détriment des pays les plus pauvres et des peuples frappés par toute sorte de fléaux comme ceux du continent africain.

La voie maîtresse pour l’Italie reste donc celle de l’engagement européen, comme le Président Ciampi l’a passionnément indiqué ces dernières années. Et en cela il a, je crois, rencontré ce sentiment profond, qui est désormais ancré surtout dans les jeunes générations, dont l’âme italienne ne fait qu’une avec l’âme européenne et qui ne voient leur avenir que dans l’Europe.

La priorité de l’engagement européiste n’ôte rien à la profondeur de l’adhésion de l’Italie à une vision de ses rapports transatlantiques, de ses liens étroits avec les Etats Unis d’Amérique et des relations entre l’Europe et les Etats Unis comme pivot d’une stratégie d’alliances, dans la libre recherche d’approches communes aux problèmes les plus controversés et dans une égale dignité. C’est dans ce contexte que doit être affrontée sans hésitations ni ambiguïtés la menace si dure, inquiétante et par tant d’aspects nouvelle, du terrorisme de souche fondamentaliste islamique, sans jamais offrir à cet ennemi insidieux l’avantage d’une quelconque concession de notre part à la logique de l’affrontement des civilisations et de renonciation au principe et à la méthode du dialogue entre histoires, cultures et religions différentes.

Il n’est pas illusoire de penser que ce cadre d’orientations de politique internationale de l’Italie puisse être partagé par les formations politiques opposées. Dans ce contexte, il incombe au gouvernement et au Parlement d’indiquer des initiatives aptes à contribuer au dialogue et aux négociations entre Israël et l'Autorité palestinienne, dans la pleine reconnaissance du droit de l’Etat d’Israël de vivre en sécurité et du peuple palestinien de se donner un Etat indépendant. Et il est temps de mettre au ban l’arme du terrorisme suicidaire et de s’opposer fermement à tout retour d’antisémitisme.

Des initiatives s’imposent également pour trouver une solution à la crise sanglante et encore ouverte en Irak, à la stabilisation du processus démocratique en Afghanistan et à la recherche d’un débouché positif à l’état de préoccupante tension avec l'Iran.

Plus spécifiquement, il incombe au gouvernement et au Parlement de définir les solutions du retrait des militaires italiens de l'Irak. Aujourd’hui, la présente Assemblée ne peut qu’être unie dans l’hommage respectueux et ému à tous nos morts pour la patrie . Ils ont représenté le prix si douloureux de nos missions à l’étranger, accomplies avec dévouement et honneur, quel qu’ait été le degré de consensus lorsqu’elles ont été délibérées.

Messieurs les parlementaires, Messieurs les délégués régionaux, si je tourne maintenant mon regard de l’horizon crucial européen à l’état de notre pays et au cadre de nos responsabilités directes, je peux seulement me permettre de brèves considérations, sans entrer dans un domaine qui est plus que tout autre propre à la confrontation entre différentes approches et positions politiques. Je ne peux, ici aussi, qu’exprimer un message de confiance, sans me prêter à de pessimistes diagnostics sur l’inévitable déclin de notre système économique et financier, mais sans non plus sous-estimer la gravité des faiblesses à surmonter et des problèmes à résoudre. Le problème – avant tout – de la dette publique. Et, en même temps, les faiblesses du système productif.

Les entreprises italiennes ont prouvé qu’elles sont à même de relever le défi dû à l’ouverture des marchés et à la libre concurrence et veulent s’engager dans un sérieux effort de croissance, d’innovation et d’internationalisation. Elles demandent à l’Etat non pas d’introduire ou de maintenir des protections indues, mais de favoriser la compétitivité du système et les investissements privés et publics, ainsi que de reprendre le processus de développement d’infrastructures qui eut un rôle si important dans la croissance de l’après-guerre. Mais à l’exigence d’éliminer des limites et obligations injustifiées s’accompagne celle d’assurer des règles et des contrôles efficaces et efficients.

Notre pays ne saurait renoncer à ses grandes traditions dans le domaine industriel et agricole qui s’expriment encore dans d’importantes preuves de progrès, même technologique: à tel point qu’elles ont récemment donné lieu à des cas d’extraordinaire reprise dans de graves situations de crise et animé de nouvelles réalités productives vitales. Il apparaît en même temps indispensable de renforcer et moderniser le secteur des services et de valoriser avec courage et clairvoyance le patrimoine naturel et paysager, culturel et artistique inégalable dont l’Italie dispose.

C’est par là que passe également toute politique pour le Mezzogiorno, dont les régions deviennent un axe obligé de la relance globale du développement national, et ce aussi de par leur valeur stratégique dans la nouvelle grande perspective des flux d’investissements et d’échanges entre la zone euro-méditerranéenne et l'Asie. Nul besoin, Messieurs les parlementaires et délégués régionaux, d’ajouter quoi que ce soit à ce propos, vu la profondeur des racines et des expériences politiques et de vie qui me lient au Mezzogiorno: nul besoin d’ajouter quoi que ce soit à un vœu aussi intimement ressenti.

Ce sont, plus en général, mes expériences politiques et de vie qui m’incitent à associer fortement le problème de la relance de notre économie à ceux de la justice sociale, de la lutte contre les inégalités accrues et les nouvelles marginalisations et pauvretés, de l’engagement plus conséquent à augmenter l’emploi et le niveau d’activité de la population, à l’incontournabl e problème d’améliorer les conditions des travailleurs et des retraités et à celui d’une garantie renouvelée de la dignité et de la sécurité du travail.

Il nous faut plus de justice et de cohésion sociale. Et si un rôle décisif revient en ce sens aux syndicats, d’ailleurs placés devant un marché du travail en profond changement qui exige de fortes ouvertures à l’innovation, il est également de l’intérêt et de la responsabilité des forces d’entreprise de comprendre et de seconder des politiques de cohésion et de solidarité.

Quand – devant des problèmes aussi complexes et des obligations aussi lourdes – nous nous demandons si nous pouvons y réussir, nous devons considérer les ressources dont dispose l’Italie. Ce sont les ressources des institutions régionales et locales qui exercent leurs autonomies en collaboration responsable et loyale avec l’Etat et en comptant sur l’engagement unitaire de l’administration publique au service exclusif de la nation. Ce sont, en même temps, les ressources d’un riche tissu civil et culturel d’où se dégage un précieux potentiel de subsidiarité grâce à l’apport dont s’est montré, et se montre, capable le monde des communautés intermédiaires, de l’associationnisme laïc et religieux, du bénévolat et des organismes à but non lucratif. Ce sont aussi les ressources de la participation de base que les institutions locales peuvent tant stimuler et canaliser.

Et ce sont les ressources des familles: comme celles que nous avons vues ces dernières semaines se serrer autour des dépouilles des morts de Nassirya et de Kaboul. Des familles laborieuses et modestes qui éduquent leurs enfants au sens du devoir envers la patrie et la société. Des familles qui représentent la plus grande richesse de l’Italie.

Et puis il nous faut compter – qu’il me soit permis de rappeler ici la splendide figure de Nilde Iotti – sur les formidables ressources des énergies féminines non mobilisées et non valorisées dans le travail ni dans la vie publique: préjugés et fermetures, avec l’énorme gaspillage qui s’en suit, qui ne sont désormais plus tolérables. Comptons enfin sur les ressources pouvant être attribuées aux jeunes, hommes et femmes en formation grâce à un système d’instruction qui offre à tous jusqu’au plus haut niveau d’égales opportunités de développement de la personne et récompense le mérite et la diligence dans l’étude et le travail.

D’où les raisons d’une confiance non rhétorique en l’avenir de notre pays.

Notre avenir toutefois est aussi lié à des problèmes comme ceux qui s’inscrivent désormais dans le grand scénario de l’espace européen de liberté, de sécurité et de justice. Le défi de la lutte contre la criminalité, une présence agressive qui pèse encore tant sur les possibilités de développement du Mezzogiorno, comme celui contre les nouvelles menaces du terrorisme international et interne reste très dur. Mais nous tirons confiance du fait que l’Etat a montré, ces dernières années, qu’il peut compter sur l’action efficace et conjointe de la magistrature et de toutes les forces de l'ordre, auxquelles je désire adresser – ayant moi-même appris par mes responsabilités de gouvernement à mieux connaître et apprécier leur engagement et élan - notre plus vive reconnaissance.

Certes, les problèmes de la légalité et de la moralité collective se présentent encore sous des formes inquiétantes, même dans des milieux que nous aurions espéré exempts. Tandis que les conditions de l’administration de la justice sont malheureusement restées critiques, surtout sous l’aspect de la durée des procès.

Et trop de tensions entourent encore les rapports entre la politique et la justice, en troublant l’exercice d’une si haute fonction constitutionnelle et en blessant la dignité de ceux qui sont appelés à la remplir. Dans ce très délicat domaine également, ce sont les exigences de sérénité et d’équilibre, dans le processus même des réformes nécessaires, que l’on perçoit et qui demandent à être satisfaites.

Sérieux et complexes sont donc les engagements auxquels doivent faire face la politique et les institutions. L'Italie vit un moment difficile : mais dramatique, et non seulement difficile, fut la période que l’Italie vécût dans les années qui ont suivi la fin de la guerre et la Libération, car il lui fallait se charger d’un héritage de terribles destructions matérielles et morales et surmonter de même les secousses d’un conflit électoral et idéal comme celui qui divisa en deux le pays dans son choix entre monarchie et république.

C’est alors – et la preuve la plus élevée en fut donnée par l'Assemblée Constituante – que prévalut le sens de la mission nationale commune qui eut raison de toutes les difficultés et fut plus fort que les contrastes idéologiques et politiques pourtant légitimes. Ainsi, aujourd’hui, mon appel à l’unité ne tend pas à édulcorer une réalité d’âpres divergences, surtout aux sommets de la politique nationale, mais à solliciter justement chez les italiens un nouveau sens de la mission à accomplir pour donner élan et cohésion à notre société et assurer à notre pays le rôle qui lui revient en Europe et dans le monde.

Et c’est un appel qui, sans doute, peut trouver une plus grande résonance dans l’Italie profonde, dans Italie des cent provinces, dans l’Italie de la fatigue quotidienne et de la volonté de progresser que mon prédécesseur a voulu explorer en en dégageant l’image d’une convergence d’intentions et d’efforts plus solide que ce qu’on pourrait penser.

Je considère de mon devoir d’œuvrer pour favoriser de plus paisibles confrontations entre les forces politiques et des convergences plus larges et constructives dans le pays; mais c’est un engagement que j’exercerai avec la nécessaire sobriété et dans le respect rigoureux des limites qui marquent le rôle et les pouvoirs du Président de la République dans la Constitution en vigueur. Un rôle de garantie des valeurs et des équilibres constitutionnels; un rôle de modération et de persuasion morale qui a pour condition préalable le sens et le devoir de l’impartialité dans l’exercice de toutes les fonctions attribuées au Président.

En tant que représentant de l'unité nationale, je reprends la référence bien présente dans le message de vœux que m’a envoyé le Pape Benoît XVI – auquel j’adresse mes déférents remerciements et salutations: son rappel des valeurs humaines et chrétiennes qui sont patrimoine du peuple italien, en sachant bien quels ont été les profonds rapports historiques entre la chrétienté et la réalisation de l’Europe. Et j’en tire la conviction qu’il faut, avec esprit laïc, reconnaître la dimension sociale et publique du fait religieux et développer concrètement la collaboration en Italie entre Etat et Eglise catholique dans de nombreux domaines en vue du bien commun.

Au moment où son mandat commence, le Président de la République rend hommage à la Cour constitutionnelle, en tant qu’organe de haute garantie qui veille depuis cinquante ans sur le plein respect de notre loi fondamentale; au Conseil Supérieur de la Magistrature, expression et défense de l’autonomie et de l’indépendance de cet ordre de tout autre pouvoir, à toutes les administrations publiques, à tous les organes et corps de l’Etat et, en particulier, aux Forces Armées italiennes qui se distinguent toujours par les plus hauts niveaux de compétence professionnelle moderne et efficiente, ainsi qu’aux autres différentes forces préposées, dans un effort convergent, à la sécurité des citoyens.

Une marque d’attention particulière va au monde de l’école et de l’Université et à tous ceux qui sont appelés à tenir haute sa fonction éducative. Au monde de l’information doit être assuré un engagement convaincu pour en garantir la liberté et le pluralisme comme indispensable condition de démocratie.

J’adresse une pensée reconnaissante et respectueuse à tous mes prédécesseurs, représentants de différents courants idéaux et traditions populaires qui se sont retrouvés dans la primauté des valeurs essentielles: liberté, justice et solidarité.

Un souvenir spécial pour le premier Président de la République Enrico De Nicola, qui fut symbole de pacification durant un passage historique contrasté et auquel j’ai été lié par des rapports d’ancienne amitié familiale et, en différentes époques, par un engagement commun à représenter notre grande, généreuse et tourmentée ville de Naples au Parlement.

Monsieur le Président, Messieurs les parlementaires, Messieurs les délégués, je m’incline devant cette Assemblée en laquelle se reconnaissent tous les italiens et, pour la première fois, ceux qui opèrent également à l’étranger et dont les communautés peuvent finalement exprimer leur voix pour faire entendre leurs exigences et attentes. Je ne serai en aucun moment le Président de la seule majorité qui m’a élu; j’aurai attention et respect pour vous tous, pour toutes les positions idéales et politiques que vous exprimez; je consacrerai mes énergies à l’intérêt général sans les épargner, afin de pouvoir compter sur la confiance des représentants du peuple et des citoyens italiens sans distinction d’appartenance politique.

Vive le Parlement!

Vive la République!

Vive l'Italie!

elementi correlati

condividi

  • Condividi su Facebook
  • Condividi su Twitter
  • Condividi tramite Email