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DISCORSO - PRIMO MANDATO

in lingua francese

Remerciements du Président Giorgio Napolitano Cérémonie d'Attribution du doctorat Honoris Causa


Parigi - la Sorbonne, 28/09/2010

Les très vifs remerciements que j'adresse aux instances académiques de l'Université Paris-Sorbonne pour leur généreuse décision de me nommer docteur honoris causa ne font qu'un avec l'émotion que suscite en moi le fait d'être accueilli dans une institution qui transmet comme peu d'autres le sentiment d'une commune appartenance européenne.

J'ai toujours été intrigué et le suis encore par le thème de la naissance de l'Europe en tant qu'unité historique telle que nous l'entendons et l'étudions aujourd'hui : le thème de la "genèse d'une civilisation", comme le suggère le titre donné - lorsqu'il fut publié plus de cinquante ans plus tard - à l'extraordinaire cours de leçons tenu au Collège de France par Lucien Febvre en 1944-45. Si l'on retrace les fondements significatifs de la civilisation européenne dans le Haut Moyen-Âge, tout en convenant que ce n'est pas « l'Empire carolingien à être notre Europe », on peut alors soutenir que la ligne de démarcation de la "genèse" dont parle Febvre a été, au début du deuxième millénaire, le refleurissement et le nouveau développement des villes.

La révolution citadine qui commença entre les XI° et XIII° siècles a concerné toutes les réalités et, certainement, en même temps que la vie économique, la culture. Le "temps des villes fut" - selon la définition donnée par l'historien italien Rosario Villari - "le temps des marchands et des universités, des banquiers et des manufactures, de Saint Dominique et de Saint François, des hérésies provenant de l'Orient ou nées au sein des sociétés citadines elles-mêmes, comme celle des Vaudois".

Les universités naquirent en ce temps-là sous le signe de l'autonomie de la tutelle de l'autorité religieuse et se caractérisèrent en tant qu'institutions cosmopolitiques. Ainsi, celles de Bologne et de Paris, votre Sorbonne, ainsi, en ce même XIII° siècle, celle fondée, dans ma ville de Naples, par Frédérique II.

À travers les bouleversements des époques qui se succédèrent, la Sorbonne a ensuite représenté au cours des siècles un splendide exemple de capacité de durée et - encore vers la fin du XX° siècle - de transformation. Mais j'ai voulu vous représenter mon émotion en retrouvant ici, avant tout, les traces de la "genèse", de la formation de cette civilisation européenne dont nous sommes, en tant que français et italiens, les premiers à nous sentir fils et héritiers.
Et l'autre thème qu'il me plaît de rappeler dans ce bref message de remerciement est celui - très actuel, dirai-je - du rapport entre diversité et unité au moment où se fait et avance l'Europe et sa culture. Le concept, la thèse dont parle Lucien Febvre - je le cite à nouveau - et qu'il développe magistralement dans son cours de leçons, se trouve dans ces paroles essentielles : "L'unité européenne n'est pas l'uniformité : dans l'histoire de l'Europe, le chapitre des dissemblances reste aussi important que celui des ressemblances".

Mais j'éprouve aussi plaisir à rappeler les paroles que nous a laissé il y a quelques années un intellectuel raffiné - qui se forma en tant qu'historien aussi à Paris sous le guide de Braudel et dans l'esprit des Annales - grand patriote polonais et européen malheureusement disparu, Bronislaw Geremek : "La diversité des cultures nationales reste la plus riche ressource de l'Europe". Et cette diversité ne se pose pas en contradiction avec la recherche et l'identification d'un noyau commun d'expériences et de valeurs européennes dans lesquelles se reconnaître, en les mettant à la base d'une identité et d'une solidarité européennes. Voilà donc le juste rapport qu'il faut toujours savoir recréer. Et n'est-ce pas là la mission à laquelle les Universités européennes peuvent concourir de manière décisive ? Des Universités ouvertes à la diversité et en même temps capables de se compénétrer, des Universités comme la Sorbonne ou Bologne, nées cosmopolitiques à l'époque lointaine de la genèse de la civilisation européenne et appelées aujourd'hui à être plus que jamais telles dans l'ère de la mondialisation.

D'ailleurs, c'est en effet justement en ce sens que l'Université Paris-Sorbonne et l'Alma Mater Studiorum de Bologne opèrent et coopèrent, avec la contribution de l'Association Italiques.

Mais permettez-moi d'étendre un moment mon regard sur la mission que nos deux pays - avec l'ensemble de leurs forces représentatives et de leurs institutions - sont en tant que tels appelés à accomplir dans l'Europe et dans le monde d'aujourd'hui. Une mission qui doit enrichir et intégrer, valoriser de manière renouvelée et diffuse nos patrimoines historiques et culturels respectifs, dépasser les mesquineries et les égoïsmes nationaux et renforcer de façon décisive et conséquente l'Union que nous avons, avec d'autres, fondé en tant qu'Union d'États et de peuples. Telle est la vision dans laquelle France et Italie se retrouvent côte à côte, tels sont les rapports qui peuvent les souder l'une à l'autre en tant que nations les plus proches, dans le contexte européen, de par leurs affinités de racines culturelles et de parcours historiques. Affinités qui se révélèrent et influencèrent aussi fortement le parcours qui, il y a 150 ans, conduisit l'Italie à s'unir et à se faire État, avec l'apport déterminant d'inspirations idéales et de soutiens politiques puisés en France.

Monsieur le Président, Monsieur le Recteur, j'espère que vous ne serez pas étonnés que l'honneur que vous m'avez accordé et l'émotion de l'accueil en ce lieu aient réveillé en moi des pensées et des auspices pouvant paraître éloignés de la sphère où j'ai toujours opéré dans ma vie : celle de l'action politique, d'abord, et des responsabilités institutionnelles que j'ai assumées déjà auparavant et que j'exerce maintenant plus que jamais. Mais l'attention que vous avez bien voulu me réserver et l'hommage que vous m'avez rendu, ont peut-être un rapport avec la manière dont j'ai essayé d'entendre la politique et la culture et j'essaye aujourd'hui de servir mon pays et l'Europe - en croyant profondément dans la cause de l'unité européenne, et également dans ce qui est commun entre la France et l'Italie, qui les rend amies et solidaires et les sollicite à un plus haut engagement commun.